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saladin

Pseudo: saladinCatégorie: Tout et rienDescription:
J'écris d'habitude pour moi. Tant mieux si ça se partage. Mes poles d'interet? tout et rien, la vie tout court, la vie difficile et laborieuse que la poésie atténue. La vie? et son contraire que je vie tous les jours par mon métier.
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Vendredi 09 Mai 2008
Après rebelle
 
« Elle reporta son regard sur le petit, et elle lui  trouva une ressemblance a laquelle elle n’a jamais pensé. Elle fronça les sourcils et marmonnât : c’est pas possible ! Ça ne peut pas être ? »
 
 
 
 
 
Boualem revint avec le miroir de chez Ammi Slimane le vitrier du quartier. Il avait de la chance de le trouver dans sa boutique, parce que Ammi Slimane continue à travailler un peu à l’ancienne. Un chevalet avec quelques vitres sur le dos, une règle et un diamant dans sa besace, c’est lui qui va aux clients. Puis ses jambes ne supportant plus, alors il sort de moins en moins. Boualem n’avait qu’à lui donner l’argent. Ammi Slimane savait exactement quoi faire. Ammi Slimane a toujours mis de coté un ou deux miroirs prêts. Il les appelle « Spécial Zoubida ». Un peu philosophe, il porte, un peu à contre-courant des autres, un certain respect à cette dame hypocritement haie par tous, mais qui avait un certain code de l’honneur. Cette dame ne faisait de mal à personne. Elle le payait rubis sur l’ongle contrairement a beaucoup de clients du quartier. Parmi les plus vieux artisans du quartier, il connaissait tout le monde et surtout les secrets de tout le monde. Ammi Slimane se sentait par miroir interposé une sorte de solidarité avec cette dame, lui aussi accompagné toute sa vie de miroirs. Il disait souvent en rigolant, à Boualem, que lui aussi ne pouvait pas se passer de miroirs et prenait la posture d’un jeune premier, ouvrant exprès sa bouche édentée.
 
Zoubida en envoyant Boualem acheter un miroir voulait gagner du temps. Quand elle l’a appelé elle voulait surtout bien regarder ses traits, le scruter, et puis elle s’est retrouvée désarmée. Que va-elle lui dire ? Quelles questions lui poser ? Elle a inventé l’histoire du miroir pour réfléchir un peu.
En lui donnant le miroir, Boualem allait repartir. Elle lui fit signe de rester. Il tint la porte ouverte, un pied devant l’autre, les jambes écartées, pour être prêt à s’enfuir. L’histoire de Mogli et de son frère trotte toujours dans sa tête et il a une peur bleue que Zoubida lui parle de son frère. Mogli hébété n’a voulu soufflé mot de ce qui s’est passé dans la chambre de Zoubida cette nuit du vol . Il a été assommé, abruti, sidéré par ce qui s’est passé. Pourtant il n’a pas de blessures apparentes.
Elle lui avait dit « tu tombes bien, j’ai à te parler ». Cela signifie sa fête. Voila où l’a mené ce fou de Mogli et Hakim son idiot de frère. Il n’en fut rien, Zoubida fit asseoir Boualem.
 
Il se ravisa rapidement en voyant Zoubida dans une posture très digne et très sereine. Il a pris l’habitude de la voir changeante, ou tourmentée , ou les yeux rougis probablement par des pleurs, a-t-il supposé, ou encore les traits tirés à la sorti d’un délire. On disait d’elle qu’elle était folle et il a pu mesurer les voltes faces de son humeur. Il témoigne souvent intérieurement qu’elle ne lui a jamais fait ni peur ni mal. Il a souvent combattu l’idée saugrenue que cette femme, que l’on nomme dans la famille par le nom de la folle, par pudeur, puisse un jour s’habituer à lui et le considérer comme son fils.
Elle le regardait intensément.
     -   Viens Boualeme assieds-toi. J’ai à te parler.  Tu a été à l’enterrement de ce Hamoud la Terreur ? Il y avait du monde ?
-         Non Tata Zoubida, presque personne. Ceux qui sont venus ils l’ont fait par charité.
-         Tu le connais toi ?
-         Qui ne le connaît pas. Il nous embêtait souvent, mais entre lui et moi le courant passe. Il n’est pas méchant.
-         Pourquoi est-tu allé à son enterrement ?
-          
Boualem n’avait pas de réponse. Il s’aperçut petit à petit que le regard de Zoubida le scrutait profondément même si elle faisait semblant de regarder souvent ailleurs. Ses yeux étaient différents, il n’y avait aucune lueur de tourmente et encore moins de folie. Il y avait un regard différent, très différent comme si subitement il était devenu plus clair à lire, un regard où transparaît la raison et la lucidité. Il eut un peu peur, non pas physiquement, mais parce qu’il avait l’intuition qu’il assistait chez Zoubida à un événement important. Comme si la folie et la lucidité finissaient par se rencontrer à leur extrémité.
 
 
Elle dissipa vite ses craintes. Cet idiot de Mogli a voulu me voler, dit-elle il ne reviendra plus, il a appris sa leçon.
 
En sursautant, mais curieux , Boualem fit mine de s’étonner.
-         Quoi Tata Zoubida, Mogli te voler ? Quand? Comment? Personne n’est au courant.
-         Oui il a essayé et je lui ai donné la leçon de sa vie.
Elle lui raconta sans accorder beaucoup d’importance à la chose, qu’elle avait vu une ombre alors qu’elle ne dormait pas. Elle avait entendu un bruit dans la cuisine et s’était préparée au pire. Quand Mogli est passé devant le lit, vive comme l’éclair elle l’a agrippé, l’a déstabilisé et basculé sur le dos à terre, une main sur la gorge et l’autre lui enserrant les testicules . Suffisamment pour lui faire très mal mais sans le blesser. "Petit con lui a-t-elle dit, j’ai eu des hommes bien plus forts et plus violents. Je peux te châtrer et faire de toi un eunuque à l’instant ou encore te tuer immédiatement, lui dit-elle. Ils diront que c’est la folle qui a fait ça. Et chaque fois qu’il se débat je  sers un peu plus fort jusqu’à ce qu’il ait compris. Il a compris et je l’ai laissé partir. Je lui ai interdit de rester dans la rue".
     Boualem avait sa réponse, et se mis à rire sous cape. Ce poltron de Mogli qui se prend pour un mac ! Boualem comprend maintenant le trouble et le désespoir de Mogli, il a failli se faire châtrer à jamais par une femme, une vieille femme de surcroît. Imaginez que quelqu’un le dise à ses copains. Ils n’ont pas eu de pitié de Zoubida, ils n’en auront pas non plus pour Mogli.
Zoubida tourna rapidement la page de Mogli. Elle ne souffla mot de Hakim et Boualem en fut soulagé.
 
Zoubida baissa les yeux et se mit à parler et à parler longtemps. Elle raconta à Boualem comme à un confident, son itinéraire, ses fugues de jeune fille, sa misère et les raisons qui l’ont poussée à faire ce métier. Partant toute jeune de la région de Constantine, elle avait roulé sa bosse, et fait du pays et des pays étrangers. Elle a visité Londres et Paris sous la protection d’un homme important de l’état. Elle savait lire et écrire et a amélioré son français. Elle a été à des concerts et des théâtres exactement comme on les voit dans les télévisions étrangères. Elle a assisté aussi au dernier rang à des réceptions dans certaines de nos ambassades. Un instant elle a pensé devenir une femme du monde. Elle n’en a pas profité pour accéder à la richesse ou a la reconnaissance. Revenue en Algérie, la personnalité qui la protégeait tant qu’elle était encore jeune et belle, l’a ensuite laissé choir. Elle dit de la personne qu’elle a été quand même un gentlemen, parce qu’elle lui a procuré cet appartement des bien vacants. Des homme de l’administration, avec des voitures noires et des costumes bien taillés l’on ramenée avec ses bagages dans cet appartement préparé à l’avance, puis tout le monde a disparu. Dans ses bagages il y avait des tissus et des robes qu’on ne peut maintenant imaginer. Il y avait même de vraies fourrures.
Non intéressé par ce début d’histoire, Boualem devint subitement curieux et se mit sur une fesse. L’arrivée dans le quartier de Zoubida racontée par elle, est identique à ce qui s’est raconté dans le quartier.
Le chat ne vint se frotter contre ses pieds. Boualem connaissant le chat mieux que personne fut troublé par cet attitude du chat, d’habitude si violent et si ingrat.
 
Zoubida se mis encore a parler et à parler en oubliant presque la présence de Boualem
"Je suis retombé dans la misère même si j’ai encore pour longtemps de quoi manger et m’habiller. Mais plus personne ne vient me voir, plus personne ne me parle. C’est à peine si j’entend le nom de Zoubida dans la bouche des jeunes. Les plus âgés et surtout les femmes m’appellent la folle . Les femmes ont toujours eu peur que je prenne leur maris. Les gents du quartier ne m’aiment pas, ou se détourne de moi. Si vos pères vous recommandent de ne pas me fréquenter c’est parce qu’ils ont tous pleuré dans ma poitrine comme des enfants. Un jour, je suis tombé sur un homme, un maquereau et je l’ai aimé. C’est un homme violent mais juste et tranchant. Enfin juste, jusqu’au moment où il me trahisse et je ne lui ai jamais pardonné. Aujourd’hui sa mort m’a délivré de ma haine."
"Il a épousé mon amie Loundja, la très belle Loundja, celle que j’ai recueilli sous mon toit. Je n’ai jamais eu une amie aussi proche. Lui aussi je l’ai recueilli et nourri, j’ai fait de lui un homme. Il ont eu un fils ensemble.
Un jour de sales voisins nous ont attaquées alors qu’on ne s’y attendais pas. Certains avaient des bâtons et des couteaux, d’autres avaient des cagoules sur la tête. La maison a brûlé et Loundja n’a pas survécu à ses brûlures. Personne n’a fait d’enquête. Mais l’enfant de Loundja aussi est mort. Les assaillants l’on pris pour l’égorger criaient-ils. On a jamais retrouvé son corps. Ni dehors ni dans les cendres. Certains disent qu’il a été recueillis par une famille charitable qui l’a fait passé pour son fils. Mais personne n’a la vérité. Quand à Hamoud il n’a pu se consoler de la mort Loundja et a perdu goût à la vie."
 
Zoubida regarda encore Boualeme et confirma encore ses doutes. Elle a pensé tout à l’heure qu’il ressemblait à ce serpent de malheur. Mais non ! c’est bien à Hamoud qu’il ressemble. Elle a vérifier sur la seule photo de lui qu’elle a hésité à dtruire. Non, elle ne pouvait pas se tromper : Boualeme est bien le fils de Loundja, Boualem est bien le fils de Hamoud. Finalement il n’est pas mort le bébé de Loundja.
A l’évocation du nom de Loundja elle eut un rictus intérieur et eut une pensée si claire qu’elle pouvait la prononcer avec des mots intelligibles.
            - Ainsi Loundja par-delà sa tombe me lègue cet enfant pour me surveiller et assister à ma déchéance.
Décidémént le délire ne vint pas
 
-         Tu ressembles à Hamoud, tu sais ? Tu as la même fossette.
-         Hahaha!! Il est mort et je ne veux pas lui ressembler.
 
-         Tiens Boualem achète un sac de semoule à tes parents. Ces deux cent dinars c’est pour toi. Ah fais gaffe au Serpent et à cette Tlemcenienne. Si vous la touchez, ses histoires et ses coups sont toujours en dessous de la ceinture. (hahaha)
 
Boualem sortit complètemet sonné. Elle le rappela comme pour une question sans importance.
 
En le regardant bien dans les yeux, un regard qui ne permet pas la fuite en avant.
-         Boualem, qui c’est qui vous ramenait les lettres?
-         C’est Mogli et Hakim, et Aissa, et la voix chevrotante, c’est le facteur qui les leur donne.
Son regard devient perçant et Boualem comprit vite le sens caché de la question.
- J’ai vu deux fois Hamoud la Terreur donner des lettres a Hakim et aux autres, qui me les donnent.
 
Boualem parti , Zoubida installa son miroir et s’installa devant. Elle n’était pas triste. Elle se mit à chantonner un vieil air écrit par Saladin de Dzblog (excusez l’anachronisme) du temps où elle a été à Constantine, un poème tout à fait compatible avec le dédoublement de sa personnalité:
 
            J’ai appris à chercher derrière les miroirs
            Les espaces à l’envers
            Que mes yeux créaient
            Et je disais ces espaces sont à moi
 
 
Poème transition à Bachir poète du Blog
 
 
 
 
 
publié par saladin publié dans : saladin
Samedi 01 Décembre 2007

 

Cela fait longtemps que je n'ai pas ecrit mais les circonstances m'obligent a le faire pour dire juste quelques mots de condoléances a la famille de feu Karim Sahnine créateur de DzBlog, un bienfaiteur qui nous a tous réunis. D'est en Ouest et du sud au nord, ainsi que de toutes les contrées où vit un algérien, ne serait-ce qu'un seul. Nous le connaissions sous le pseudonyme du Fennec et nous avons eu à lire au tout début de DZBLOG quelques unes de ses interventions. 

Je me suis longtemps posé la question sur cet homme dont on nous a dit qu'il était le mécène et le promoteur de DZBLOG, tout en suspectant quelques uns d'être cet homme là et voila que la mort, tout en couvrant son corps du linceul blanc des promis au paradis, découvre le double anonymat du nom et du visage, et nous rapproche subitement de cet être que nous ne connaissions pas. 

avec toutes mes condoléances à la famille

 

 

publié par saladin publié dans : saladin
Dimanche 14 Octobre 2007

 

 

 

 

 

 

N'ayant pas le temps aujourd'hui de passer chez chacun, je souhaite a tous

AID MOUBAREK

 

publié par saladin publié dans : saladin
Mardi 07 Août 2007
 
  
 
Constantine est une ville « lourde », il m’est difficile de trouver la juste traduction vers le français d’un mot qui n’existe peut-être pas pour ce sens; c’est en effet une ville difficile dans tous les aspects de sa vie quotidienne, son  transport, son relief, la rudesse de son climat et depuis peu de son peuple. Constantine, ville de civilisation, de savoir et de raffinement, est aussi une ville violente. Constantine est encore une ville désorganisée, où les différentes autorités ont toutes été incompétentes les unes après les autres depuis des lustres. Constantine serait une ville oppressante, n’étaient ses panoramas vertigineux.
 
Pourtant il y a une décennie ou deux, celui qui passe pour des études, s’y arrête. Définitivement. Ainsi c’est une ville cosmopolite, où les gents viennent de tous les coins d’Algérie. Il n’y a que les gents des grandes villes de mer qui retournent à la mer. Je fais peut-être l’exception. Je suis resté sur cet énorme rocher, devant ces indescriptibles précipices, invitant au vertige, à l’émerveillement et à la violence des passions.
 
Mon propos est surtout une grande déception par rapport aux natifs et aux enfants adoptifs de cette très vieille ville, qui n’ont pas entretenu sa mémoire et ne l’on pas aidée à l’éclosion et au progrès. L’âme de la ville s’effrite. La mentalité douar, sans sectarisme aucun, et la plus vile et la plus criminelle des ignorances ont fait de cette ville la plus arriérée de toutes.
 
Modeste reconnaissance à une ville qui donne et qui ne prend rien.
 
  
 
Dans l'action j'ai oublié où je suis né
La ville m'a ensorcelé
Non pas seulement du parfum de ses femmes
Mais  par des fleurs aux racines de chêne
Végétal, pierre et chair confondus,
Portant de leurs paroles et de leurs peines,
La légende des rois libres et oubliés,
La révolte ancestrale de la foule
 
Ville altière, et intrépide 
Toujours invaincue,
Roc au frémissement paradoxal
Comme les carrés de poils
Du fauve jamais endormi
Guerrière au delà de l’abîme
Au-delà du suicide et des défis
Portant de ses gorges la taillade
Comme la blessure du guerrier son trophée
Ville fière, rebelle, toujours invaincue
 
Qui sommes-nous devant cette ville ?
Qui a enfanté tant d'hommes et tant de songes
Mille fois assassinés, mille fois détruits
Qui suis-je pour me sentir trahi ?
Comme elle l'est de milles mensonges
 
O Constantine
Toi
Dont les poètes et les rois libres sont oubliés
Et dont la voix du sang versé de la foule
N'est plus qu'un faible cri d'animal blessé.
 
 
 
toute utilisation par quelque personne ou association supposée de sauvegarde de la ville que ce soit, est interdite
 
publié par saladin publié dans : saladin
Jeudi 05 Juillet 2007




 
 
 

J’ai pris mon congé aujourd’hui, jour anniversaire de l’indépendance. C’est aussi l’anniversaire de ma fille, née un 5 juillet qui a eu son deuxième bac le même jour. Ma famille a décidé aussi de prendre son indépendance. Ma femme et les filles ont décidé de descendre seules en ville et de se débrouiller pour rentrer. Moi qui voulais être utile pour elles, j’ai été confiné à la maison à surveiller la turbulence du dernier et l’aumône probable du robinet. Ce n’est pas jour d’aumône aujourd’hui, mais sait-on jamais.

.

Nostalgie aidant en ce jour anniversaire, j’ai regardé l’ENTV que j’ai l’habitude de bouder. Rester à la maison et ce que j’ai vu, franchement,ne m’a pas déplu. Il y avait une rétrospective de la chanson algérienne depuis l’indépendance. Pourquoi pas ce thème comme façon d’aborder un bout d’histoire, que par mon age j’ai pleinement vécu.

J’ai pu voir des chansons qui m’ont touché énormément et des airs qui me sont subitement revenus, avec lesquels d’une certaine façon j’ai grandi. L’ENTV m’a rappelé El Hadi Radjeb, un nom totalement inconnu. Il en est de même pour ses chansons que je connaissais sans connaître le visage de l’homme. C’était du temps où il n’y avait pas encore la télévision. J’ai appris il y a quelques années seulement que tout jeune, il avait fait parti comme beaucoup d’autre, de la troupe du FLN. Il avait réellement une belle voix. En le regardant et l’ambiance aidant, mes réminiscences et mes pérégrinations m’ont amené à penser à un autre chanteur originaire de Tiaret ou de la région, Ali Maachi, mort pour la patrie avant l’indépendance et qui a chanté une fresque musicale qui s’intitulait L’ALGERIE, et dont chaque couplet représentait le rythme et le cachet d’une région de cette belle et vaste Algérie. Son couplet était le suivant, approximativement traduit

 O gents quel est mon grand amour ?

Si vous me posez la question je serais heureux
Et vous dirai que mon pays est l’Algérie.
 

Dans cette rétrospective j’ai revu également un pléiade d’autre artistes. J’ai trouvé les chansons si familières et si belles que les larmes me sont tombées. Je dois dire qu’à l’époque, pourtant croyant comme fer au progressisme - c’est le langage de l’époque- nous vilipendions ces artistes que l’on étiquetaient de khobsistes et à la solde du parti. En effet vers les années 70 et 80 il n’y pas un seul chanteur qui n’ait été appelé à la rescousse pour la mobilisation des foules et du sentiments patriotique. Au fond de nous, adolescents à l’époque, qui regardions ou plutôt écoutions plus radio monté Carlo et France Inter, qui étions tout à fait « patriotiques » par ailleurs, nous n’aimions pas du tout la méthode. Un coup de cœur pourtant pour cette émission. Comme quoi ce que nous vilipendons aujourd’hui nous paraîtra peut-être dans vingt ans comme quelques choses faisant parti du plus profond de nous même.

Si l’on enlève le contexte politique, il faut bien dire que la chanson de l’époque était, allez je vais dire le mot, merveilleuse.

 Ce qui m’a le plus touché c’est une image de Boumedienne, un personnage que j’aime beaucoup, non pas parce qu’il est né à dix kilomètres de mon lieu de naissance, mais parce c’était un homme qui croyait en l’Algérie, et parce que c’était un homme sincère et honnête. On pourra évidemment faire beaucoup de critiques sur son règne d’homme politique, mais sûrement pas sur l’homme. Alors dans cette rétrospective j’ai vu Boumedienne taquiner par un geste familier un jeune du service national au barrage vert. Par ce geste l’homme Boumedienne s’était mis à nu, comme sa mère l’avait mis au monde comme on dit. Derrière la dureté légendaire du président, se cachait un cœur de jeune fille. Ce n’était ni de la frime ni de communication au sens actuel du terme, c'est-à-dire un geste pour les caméras.

En écrivant ces lignes, je ne peux m’empêcher d’avoir une réflexion sur l’influence que nous pouvons subir dans le jeune âge. Je pense toujours que les années 70 et 80 étaient des années de générosité et notre croyance en ces idées était très forte. Cette croyance continue en moi. Moi qui pensait à l’époque être très libre de pensée, politiquement parlant et dans d’autres domaines, et le suis toujours, je ne peux affirmer que la télévision et la radio du régime de l’époque, ne m’ait manipulée, façonné, si ce n’est pas de front au moins en subliminal

 

Ah dans cette digression je n’omettrais pas de rapporter un fait amusant. La présentatrice à montré quelques très belles envolées de Saddek Bedjaoui, comme seuls Bachtarzi et Ahmed Serri pouvaient le faire. Immédiatement après c’était le tour de Hamdi Bennani, et ensuite Nouri El Koufi. Pour l’anecdote, ces deux derniers artistes aux talents indiscutable ont été classés un jour et très officiellement par Saddek Bejaoui, l’un comme le « menteur de l’est » (Annaba), l’autre comme le « menteur de l’ouest » (Tlemcen) pour avoir bradé l’un et l’autre la chanson andalouse, et surtout bradé chacun son talent . D’autres temps, d’autres moeurs, des valeurs forcément différentes entre les générations, et éternel conflit entre tradition et modernisme. L’amusant dans l’histoire est que l’association dans l’émission et dans le même temps de ces trois personnages, est quelque chose d’absolument incohérent, le parcours, l’âge et l’histoire de l’un et des 2 autres étant diamétralement opposés. Celui qui a réalisé cette émission manque-t-il à ce point de documentation et de perspicacité, ou a-t-il fait une association d’idée très cruelle et qu’il n’a pas maîtrisée, entre les trois personnages, à partir de cette anecdote.

 
 
 
 
 




publié par saladin publié dans : saladin
Vendredi 04 Mai 2007
 
 
 
Bonjour, bonjour à tous
Bonjour mes vieux copains
 
 
Heureux de vous retrouver après une longue absence, et je dois dire, malgré mon caractère peu expansif, que vous m’avez manqués. Peu de temps à la maison et au travail, je n’ai plus internet à la maison et très peu de temps au bureau, malgré des journée souvent  très longues, et des déplacements fatigants.
 
J’ai l’impression d’avoir raté plein de choses, et sûrement aussi, en survolant les articles d’aujourd’hui, et ceux de mes blogueurs préférés, d’avoir raté des articles et des débats intéressants. Je cite pêle-mêle, Mkideche, Viva, Vagabond, Firenze, Dead Skin, Clando, Bassel, Kawter et bien sûr Boudou. Et Bachir que je n'ai plus lu depuis longtemps,  et d’autres encore. Il me prend l’envie subite et impossible à satisfaire pour le moment, de lire et relire tout ce que vous avez écrit en mon absence. Je suis touché, en regardant les statistiques et les com,  que j’ai quelques fidèles lecteurs. Je les en remercie.
 
Comme je suis branché Kateb Yacine, voici un poème de cet immense poète, et je m’excuse qu’il soit si triste. Rien a voir avec mon état actuel, mais peut-être que le sens du poème a-t-il à voir avec une enfance et un cheminement.
 
Bonjour ma vie
Et vous mes désespoirs
Me revoici aux fossés
Où naquit ma misère !
 
Toi, mon vieux guignon
Je te rapporte un peu de cœur.
 
Bonjour, bonjour à tous,
Bonjour mes vieux copains
Je vous reviens avec ma gueule
De paladin solitaire,
Et je sais que ce soir
Monteront des chants infernaux…
Voici le coin de boue
Où naquit mon front fier,
Aux hurlements des vents
Par les cris de Décembre ;
Voici ma vie à moi,
Rassemblée en poussière
 
Bonjour toutes mes choses
J’ai suivi l’oiseau de tropiques
Aux randonnées sublimes,
Et me voici sanglant
Avec des meurtrissures
Dans mon cœur en rictus !..
 
Bonjour mes horizons lourds,
Mes vieilles vaches de chimères :
Ainsi fleurit l’espoir
En mon jardin pourri !
- Ridicule tortue
J’ai ouvert le bec
Pour tomber dans les ronces.
 
Bonjour mes poèmes sans raison
 
 
 
 
 
 
publié par saladin publié dans : saladin
Lundi 16 Avril 2007

 
 
 
Regard à côté des yeux
Bifurqué comme une virgule
Ponctuation de convoitise et de trahison
De meurtre, racket et rapine
Sous moindre prétexte
Et fausse connivence.
 
Censeurs en droiture et vertus
Rayonnant par vrais artifices
 
Trop trop de qualités vous étouffent
Par paradoxal vent
Qui vous gonfle comme un ballon,
N'était le refus des nuages
Qui crèveraient à vous recevoir,
En orages lourds et malfaisants,
Sur vous  grêle de crapauds
Et grêlons de lapidation.
 
Cachant votre âme à votre propre regard,
Quel boulet traînez-vous de votre enfance ?
 
 
 
*aux terroristes, leurs commanditaires et aux hommes faux
 
 
 
 
publié par saladin publié dans : saladin
Mercredi 07 Mars 2007

A une grande architecte en herbe

 

Un jour de juin, un architecte et un poète se sont chamaillés. Comme ils se connaissaient bien, ils ne voulaient pas en venir aux mains. Nous allons pensent-ils  laisser chacun son oeuvre parler pour lui.
 
 Alors le bâtiment dit: moi je suis le Futuroscope, je crée le futur et je suis dans le futur et je le sais.
- C'est vrai dit le poème, en moi il y a toujours un peu de passé.
- Deux têtes m'ont pensé et vingt mains ont donné vie à mon projet, plus des milliers qui m'ont bâti.
- Moi, dit le poème, je ne peux germer que dans un cœur, c'est pourquoi je ne peux avoir l'insensibilité de tes pierres.
- Moi , dit le bâtiment, je suis si haut que j'ai la tête dans les nuages.
- Je suis petit, dit le poème, mais je suis né dans les étoiles.
- Moi j'ai des ailes comme les oiseaux, et les gens me regardent en soulevant la tête très haut, jusqu'à tomber en arrière, parce que je suis magnifique, beau et merveilleux.
- J'ai un avantage , dit le poème, c'est moi qui suis par moi-même toujours émerveillé.
 
Alors le poète excédé, n'adressant pas la parole à l'architecte, mais secrètement émerveillé par les deux, dit aux deux protagonistes: acceptez-vous mon arbitrage? Tous les deux répondirent: oui.
Le poète dit alors:
"Ô bâtiment, excuse moi de t'appeler ainsi, mais combien j'aurais aimé bâtir, bâtir tout simplement, avec deux pierres, l'une sur l'autre, ou quatre, ou mille. Ensuite je leur donnerais exactement tes formes. Malheureusement je ne pourrais jamais remplacer le souffle des milles petits gestes qui t'ont conçu. Comme je ne pourrais sécréter seulement quelques gouttes de sueur, remplacer tous les sommeils perdus, et créer toutes les angoisses qui palpitent dans ton cœur. Car vois-tu, j'aimerais être, en toi, seulement une pierre. Dans un coin si possible, pour profiter de toutes les perspectives et de toutes les lumières.
     Permet moi , de te dire ceci, en secret et entre nous, ne le dis surtout pas à l'architecte: j'aimerais tellement être celui qui t'a conçu, parce que tu es plus vrai et aussi beau que mon poème."
 
 
 
(pour son mémoire de fin d'études - juin 1999)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
publié par saladin publié dans : saladin
Dimanche 25 Février 2007

Aussi loin que porte mon souvenir, le prénom de Selma évoque pour moi une légende. Une légende qui n’a existé que dans ma tête, indéfinissable et sans trame. J’ai beau cherché, je n’ai pas trouvé d’explication à la génèse de cet état de fait. Aurais-je été amoureux dans mon enfance d’une Selma, nomade en transhumance vers le nord, pendant les vacances dans mon douar ?
Selma ma nièce, étudiante et artiste de son état, de l’âge probable de Sublata, Fairooz et Kawther, les jeunes filles du blog,  m’a un jour fait le reproche d’oublier son anniversaire. Le lendemain, je lui ai porté ce poème en guise de demande de pardon.
 
 
Selma
Selma esprit vagabond
Esprit rebelle et nomade
A cause de l'eau du sel et du vent
 
Pour la saveur sa syllabe s'est égarée
Dans une langue étrangère
On raconte qu'autrefois les caravanes
Se sont battues pour elle
Hommes et bêtes confondus
Après avoir tant recherché sa soif
Pour ensuite la mieux étancher
Alors elle transforma sa montagne
En pincées de poussière
Puis la poussière devint cristal
S’en est emparé la mer
Et le cristal a fleuri
 
Crinière d’eau de sel et de vent
Selma légende du désert
 
 
 
 
 
 
 
 
publié par saladin publié dans : saladin
Jeudi 15 Février 2007
Un poeme de Kateb Yacine , Porteuse d’eau, promis à Boudou dans un commentaire de son texte «  Oui ça ne regarde personne »
( peut-être n'etait-ce pas le theme, mais ça m'a rappelé ce texte que je mets en ligne)
Porteuse d’eau
 
Je ne saurais dire son nom sans trahir le secret de sa demeure : elle pleurerait, sachez-le, la douce habitante du plus ancien taudis de la capitale, la noble porteuse d’eau à l’aube.
            Détournez-vous quand elle circule ! Car elle n’a jamais pris garde à sa beauté, dans l’impasse où mon cœur ombrageux la poursuit, à l’aube, toujours à l’aube, quand la foule décimée gît comme une bête aux dents brisées que terrassent d’interminables couteaux.
            Comme un poignard au sein de la foule, la fille des prolétaires porte un sceau d’eau et n’a pris garde à sa beauté.
            Mais je veille hargneux à sa porte, enveloppé dans une cuirasse de silence, prêt à de séculaires chants d’amour……
 
            Je ne dirai pas son nom : à le prononcer d’anciennes rancunes pourraient me clouer la gorge : elle ignore de quel poète elle éveilla la mémoire, celle qui me surprend sur tous les sentiers de la guerre et sait paraître à l’infini de ma prison.
            Tirant durement sur mes chaînes de ses mains durcies au service du capital.
 
Elle a cinq ans et dissimule sa solitude sous de fières apparences d’épousée.
            Elle a vingt ans et ses guenilles sous le vent éclairent une poitrine de marbre brun.
            Elle apparaît le temps d’une charge comme un sourire de gréviste, comme la muse des dockers.
            Celle que poursuit l’amour du peuple et qui fit hésiter à la passerelle des navires maint soldat en partance pour Saigon.
            Je ne dirai pas son nom. Je lui ferai de mes poèmes farouches un ténébreux chemin jusque vers les comètes où rayonnera plus vif qu’un brasier son regard populaire.
            Comme un miroir profond reflétant la nature, comme un phare tremblant au miroir des abîmes, comme un phénomène de l’histoire, comme une nouvelle terre déchirant la surface de l’éternité, elle est née dans la classe proscrite et nage dans mon sang au rythme de mes plus anciennes amours……
 
Kateb Yacine
L'oeuvre en fragments, pp 77-78
Sindbad
 
 
 
 
 
 
 
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