Bonjour, bonjour à tous
Bonjour mes vieux copains
Heureux de vous retrouver après une longue absence, et je dois dire, malgré mon caractère peu expansif, que vous m’avez manqués. Peu de temps à la maison et au travail, je n’ai plus internet à la maison et très peu de temps au bureau, malgré des journée souvent très longues, et des déplacements fatigants.
J’ai l’impression d’avoir raté plein de choses, et sûrement aussi, en survolant les articles d’aujourd’hui, et ceux de mes blogueurs préférés, d’avoir raté des articles et des débats intéressants. Je cite pêle-mêle, Mkideche, Viva, Vagabond, Firenze, Dead Skin, Clando, Bassel, Kawter et bien sûr Boudou. Et Bachir que je n'ai plus lu depuis longtemps, et d’autres encore. Il me prend l’envie subite et impossible à satisfaire pour le moment, de lire et relire tout ce que vous avez écrit en mon absence. Je suis touché, en regardant les statistiques et les com, que j’ai quelques fidèles lecteurs. Je les en remercie.
Comme je suis branché Kateb Yacine, voici un poème de cet immense poète, et je m’excuse qu’il soit si triste. Rien a voir avec mon état actuel, mais peut-être que le sens du poème a-t-il à voir avec une enfance et un cheminement.
Bonjour ma vieEt vous mes désespoirsMe revoici aux fossésOù naquit ma misère !Toi, mon vieux guignonJe te rapporte un peu de cœur.Bonjour, bonjour à tous,Bonjour mes vieux copainsJe vous reviens avec ma gueuleDe paladin solitaire,Et je sais que ce soirMonteront des chants infernaux…Voici le coin de boueOù naquit mon front fier,Aux hurlements des ventsPar les cris de Décembre ;Voici ma vie à moi,Rassemblée en poussièreBonjour toutes mes chosesJ’ai suivi l’oiseau de tropiquesAux randonnées sublimes,Et me voici sanglantAvec des meurtrissuresDans mon cœur en rictus !..Bonjour mes horizons lourds,Mes vieilles vaches de chimères :Ainsi fleurit l’espoirEn mon jardin pourri !- Ridicule tortueJ’ai ouvert le becPour tomber dans les ronces.Bonjour mes poèmes sans raison
publié par saladin dans: saladin
Regard à côté des yeuxBifurqué comme une virgulePonctuation de convoitise et de trahisonDe meurtre, racket et rapineSous moindre prétexteEt fausse connivence.Censeurs en droiture et vertusRayonnant par vrais artificesTrop trop de qualités vous étouffentPar paradoxal ventQui vous gonfle comme un ballon,N'était le refus des nuagesQui crèveraient à vous recevoir,En orages lourds et malfaisants,Sur vous grêle de crapaudsEt grêlons de lapidation.Cachant votre âme à votre propre regard,Quel boulet traînez-vous de votre enfance ?*aux terroristes, leurs commanditaires et aux hommes faux
publié par saladin dans: saladin
A une grande architecte en herbe
Un jour de juin, un architecte et un poète se sont chamaillés. Comme ils se connaissaient bien, ils ne voulaient pas en venir aux mains. Nous allons pensent-ils laisser chacun son oeuvre parler pour lui.
Alors le bâtiment dit: moi je suis le Futuroscope, je crée le futur et je suis dans le futur et je le sais.
- C'est vrai dit le poème, en moi il y a toujours un peu de passé.
- Deux têtes m'ont pensé et vingt mains ont donné vie à mon projet, plus des milliers qui m'ont bâti.
- Moi, dit le poème, je ne peux germer que dans un cœur, c'est pourquoi je ne peux avoir l'insensibilité de tes pierres.
- Moi , dit le bâtiment, je suis si haut que j'ai la tête dans les nuages.
- Je suis petit, dit le poème, mais je suis né dans les étoiles.
- Moi j'ai des ailes comme les oiseaux, et les gens me regardent en soulevant la tête très haut, jusqu'à tomber en arrière, parce que je suis magnifique, beau et merveilleux.
- J'ai un avantage , dit le poème, c'est moi qui suis par moi-même toujours émerveillé.
Alors le poète excédé, n'adressant pas la parole à l'architecte, mais secrètement émerveillé par les deux, dit aux deux protagonistes: acceptez-vous mon arbitrage? Tous les deux répondirent: oui.
Le poète dit alors:
"Ô bâtiment, excuse moi de t'appeler ainsi, mais combien j'aurais aimé bâtir, bâtir tout simplement, avec deux pierres, l'une sur l'autre, ou quatre, ou mille. Ensuite je leur donnerais exactement tes formes. Malheureusement je ne pourrais jamais remplacer le souffle des milles petits gestes qui t'ont conçu. Comme je ne pourrais sécréter seulement quelques gouttes de sueur, remplacer tous les sommeils perdus, et créer toutes les angoisses qui palpitent dans ton cœur. Car vois-tu, j'aimerais être, en toi, seulement une pierre. Dans un coin si possible, pour profiter de toutes les perspectives et de toutes les lumières.
Permet moi , de te dire ceci, en secret et entre nous, ne le dis surtout pas à l'architecte: j'aimerais tellement être celui qui t'a conçu, parce que tu es plus vrai et aussi beau que mon poème."
(pour son mémoire de fin d'études - juin 1999)
publié par saladin dans: saladin
Aussi loin que porte mon souvenir, le prénom de Selma évoque pour moi une légende. Une légende qui n’a existé que dans ma tête, indéfinissable et sans trame. J’ai beau cherché, je n’ai pas trouvé d’explication à la génèse de cet état de fait. Aurais-je été amoureux dans mon enfance d’une Selma, nomade en transhumance vers le nord, pendant les vacances dans mon douar ?
Selma ma nièce, étudiante et artiste de son état, de l’âge probable de Sublata, Fairooz et Kawther, les jeunes filles du blog, m’a un jour fait le reproche d’oublier son anniversaire. Le lendemain, je lui ai porté ce poème en guise de demande de pardon.
Selma
Selma esprit vagabond
Esprit rebelle et nomade
A cause de l'eau du sel et du vent
Pour la saveur sa syllabe s'est égarée
Dans une langue étrangère
On raconte qu'autrefois les caravanes
Se sont battues pour elle
Hommes et bêtes confondus
Après avoir tant recherché sa soif
Pour ensuite la mieux étancher
Alors elle transforma sa montagne
En pincées de poussière
Puis la poussière devint cristal
S’en est emparé la mer
Et le cristal a fleuri
Crinière d’eau de sel et de vent
Selma légende du désert
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Un poeme de Kateb Yacine , Porteuse d’eau, promis à Boudou dans un commentaire de son texte « Oui ça ne regarde personne »
( peut-être n'etait-ce pas le theme, mais ça m'a rappelé ce texte que je mets en ligne)
Porteuse d’eau
Je ne saurais dire son nom sans trahir le secret de sa demeure : elle pleurerait, sachez-le, la douce habitante du plus ancien taudis de la capitale, la noble porteuse d’eau à l’aube.
Détournez-vous quand elle circule ! Car elle n’a jamais pris garde à sa beauté, dans l’impasse où mon cœur ombrageux la poursuit, à l’aube, toujours à l’aube, quand la foule décimée gît comme une bête aux dents brisées que terrassent d’interminables couteaux.
Comme un poignard au sein de la foule, la fille des prolétaires porte un sceau d’eau et n’a pris garde à sa beauté.
Mais je veille hargneux à sa porte, enveloppé dans une cuirasse de silence, prêt à de séculaires chants d’amour……
Je ne dirai pas son nom : à le prononcer d’anciennes rancunes pourraient me clouer la gorge : elle ignore de quel poète elle éveilla la mémoire, celle qui me surprend sur tous les sentiers de la guerre et sait paraître à l’infini de ma prison.
Tirant durement sur mes chaînes de ses mains durcies au service du capital.
Elle a cinq ans et dissimule sa solitude sous de fières apparences d’épousée.
Elle a vingt ans et ses guenilles sous le vent éclairent une poitrine de marbre brun.
Elle apparaît le temps d’une charge comme un sourire de gréviste, comme la muse des dockers.
Celle que poursuit l’amour du peuple et qui fit hésiter à la passerelle des navires maint soldat en partance pour Saigon.
Je ne dirai pas son nom. Je lui ferai de mes poèmes farouches un ténébreux chemin jusque vers les comètes où rayonnera plus vif qu’un brasier son regard populaire.
Comme un miroir profond reflétant la nature, comme un phare tremblant au miroir des abîmes, comme un phénomène de l’histoire, comme une nouvelle terre déchirant la surface de l’éternité, elle est née dans la classe proscrite et nage dans mon sang au rythme de mes plus anciennes amours……
Kateb Yacine
L'oeuvre en fragments, pp 77-78
Sindbad
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