J’ai pris mon congé aujourd’hui, jour anniversaire de l’indépendance. C’est aussi l’anniversaire de ma fille, née un 5 juillet qui a eu son deuxième bac le même jour. Ma famille a décidé aussi de prendre son indépendance. Ma femme et les filles ont décidé de descendre seules en ville et de se débrouiller pour rentrer. Moi qui voulais être utile pour elles, j’ai été confiné à la maison à surveiller la turbulence du dernier et l’aumône probable du robinet. Ce n’est pas jour d’aumône aujourd’hui, mais sait-on jamais.
Nostalgie aidant en ce jour anniversaire, j’ai regardé l’ENTV que j’ai l’habitude de bouder. Rester à la maison et ce que j’ai vu, franchement,ne m’a pas déplu. Il y avait une rétrospective de la chanson algérienne depuis l’indépendance. Pourquoi pas ce thème comme façon d’aborder un bout d’histoire, que par mon age j’ai pleinement vécu.
J’ai pu voir des chansons qui m’ont touché énormément et des airs qui me sont subitement revenus, avec lesquels d’une certaine façon j’ai grandi. L’ENTV m’a rappelé El Hadi Radjeb, un nom totalement inconnu. Il en est de même pour ses chansons que je connaissais sans connaître le visage de l’homme. C’était du temps où il n’y avait pas encore la télévision. J’ai appris il y a quelques années seulement que tout jeune, il avait fait parti comme beaucoup d’autre, de la troupe du FLN. Il avait réellement une belle voix. En le regardant et l’ambiance aidant, mes réminiscences et mes pérégrinations m’ont amené à penser à un autre chanteur originaire de Tiaret ou de la région, Ali Maachi, mort pour la patrie avant l’indépendance et qui a chanté une fresque musicale qui s’intitulait L’ALGERIE, et dont chaque couplet représentait le rythme et le cachet d’une région de cette belle et vaste Algérie. Son couplet était le suivant, approximativement traduit
O gents quel est mon grand amour ?
Dans cette rétrospective j’ai revu également un pléiade d’autre artistes. J’ai trouvé les chansons si familières et si belles que les larmes me sont tombées. Je dois dire qu’à l’époque, pourtant croyant comme fer au progressisme - c’est le langage de l’époque- nous vilipendions ces artistes que l’on étiquetaient de khobsistes et à la solde du parti. En effet vers les années 70 et 80 il n’y pas un seul chanteur qui n’ait été appelé à la rescousse pour la mobilisation des foules et du sentiments patriotique. Au fond de nous, adolescents à l’époque, qui regardions ou plutôt écoutions plus radio monté Carlo et France Inter, qui étions tout à fait « patriotiques » par ailleurs, nous n’aimions pas du tout la méthode. Un coup de cœur pourtant pour cette émission. Comme quoi ce que nous vilipendons aujourd’hui nous paraîtra peut-être dans vingt ans comme quelques choses faisant parti du plus profond de nous même.
Si l’on enlève le contexte politique, il faut bien dire que la chanson de l’époque était, allez je vais dire le mot, merveilleuse.
Ce qui m’a le plus touché c’est une image de Boumedienne, un personnage que j’aime beaucoup, non pas parce qu’il est né à dix kilomètres de mon lieu de naissance, mais parce c’était un homme qui croyait en l’Algérie, et parce que c’était un homme sincère et honnête. On pourra évidemment faire beaucoup de critiques sur son règne d’homme politique, mais sûrement pas sur l’homme. Alors dans cette rétrospective j’ai vu Boumedienne taquiner par un geste familier un jeune du service national au barrage vert. Par ce geste l’homme Boumedienne s’était mis à nu, comme sa mère l’avait mis au monde comme on dit. Derrière la dureté légendaire du président, se cachait un cœur de jeune fille. Ce n’était ni de la frime ni de communication au sens actuel du terme, c'est-à-dire un geste pour les caméras.
En écrivant ces lignes, je ne peux m’empêcher d’avoir une réflexion sur l’influence que nous pouvons subir dans le jeune âge. Je pense toujours que les années 70 et 80 étaient des années de générosité et notre croyance en ces idées était très forte. Cette croyance continue en moi. Moi qui pensait à l’époque être très libre de pensée, politiquement parlant et dans d’autres domaines, et le suis toujours, je ne peux affirmer que la télévision et la radio du régime de l’époque, ne m’ait manipulée, façonné, si ce n’est pas de front au moins en subliminal
Ah dans cette digression je n’omettrais pas de rapporter un fait amusant. La présentatrice à montré quelques très belles envolées de Saddek Bedjaoui, comme seuls Bachtarzi et Ahmed Serri pouvaient le faire. Immédiatement après c’était le tour de Hamdi Bennani, et ensuite Nouri El Koufi. Pour l’anecdote, ces deux derniers artistes aux talents indiscutable ont été classés un jour et très officiellement par Saddek Bejaoui, l’un comme le « menteur de l’est » (Annaba), l’autre comme le « menteur de l’ouest » (Tlemcen) pour avoir bradé l’un et l’autre la chanson andalouse, et surtout bradé chacun son talent . D’autres temps, d’autres moeurs, des valeurs forcément différentes entre les générations, et éternel conflit entre tradition et modernisme. L’amusant dans l’histoire est que l’association dans l’émission et dans le même temps de ces trois personnages, est quelque chose d’absolument incohérent, le parcours, l’âge et l’histoire de l’un et des 2 autres étant diamétralement opposés. Celui qui a réalisé cette émission manque-t-il à ce point de documentation et de perspicacité, ou a-t-il fait une association d’idée très cruelle et qu’il n’a pas maîtrisée, entre les trois personnages, à partir de cette anecdote.